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Mon visage s’approche peu à peu du sien et avant que mes yeux ne se ferment, ce sont ses lèvres rubis qui m’éblouissent. Elle a le goût du paradis. C’est un mélange entre de la crème glacée et un mi-cuit au chocolat sur lequel serait déposé en un gargantuesque nuage de chantilly. C’est à la fois magique et cauchemardesque car c’est le rêve le plus éphémère et le plus unique que l’on puisse avoir. Après ça je ne vivrais que pour tenter vainement de retrouver cette sensation. Je n’ai pas envie que ça s’arrête, je n’ai pas envie de séparer mes lèvres des siennes. Tout ce dont j’ai envie, c’est d’être statufier en platine ou en palladium pour l’éternité tout comme Roméo et Juliette à la fin du cinquième acte. Et l’embrasser à jamais. Dans quelques milliers d’années peut être regretterais-je de ne plus pouvoir admirer ses yeux, mon visage étant collé au sien mais son interminable dernier baiser est un bon compromis.
Extrait du Chapitre Quarante de Va-T-En.
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Muriel Barbery, L'Elégance du hérisson by Vivian Cug & Maxime Henri

L’Élégance du hérisson, Muriel Barbery, Gallimard, 2006

Un chien aboie. Merde. Puis un autre. (…) Il faut se barrer et vite. (…) Dehors il n’y a toujours pas de chien, mais les aboiements persistent. Nous reprenons le chemin en sens inverse mais plus rapidement. Cependant, j’ai cette dérangeante impression que nous mettons plus de temps qu’à l’aller. Nous arrivons enfin à la route et reprenons une marche normale et détendue.
Dans notre dos, on entend une voiture ralentir et tourner sur les graviers.
Extrait du Chapitre Trente-Neuf de Va-T-En.
Surtout lorsque mon nez se remet à pisser.
-Mets la tête en arrière.
Je n’en fais rien. J’ai peur que si je m’exécute, tout le sang coulera dans le fond du nez et lorsqu’il coagulera, tout sera bouché. Il faudra alors que je respire par la bouche pendant trois jours et dans le cas où dans mon sommeil j’oublie de le faire, je serais mort au réveil.
Extrait du Chapitre Trente-Huit de Va-T-En.
J’ai besoin de m’asseoir. Finalement je m’allonge. Ou plutôt mon crâne heurte le sol. Je sais que ça cogne fort, mais je ne sens rien. (…) Au moins moi, je garde les yeux ouverts. Ah non.
Extrait du Chapitre Trente-Sept de Va-T-En.
Ici tout semble avoir été épargné par l’apocalypse. Le murmure du vent dans les herbes hautes est une berceuse qui n’a d’égal que le parfum des fleurs sauvages. Tout est un écho à chaque chose. Les corneilles répondent aux corbeaux, les rouges-gorges aux moineaux, les martinets aux hirondelles, et les pies restent entre elles. Cependant, rien dans cette nature ou dans une autre ne semble pouvoir dépasser la beauté et la merveille qu’incarne la Perséphone qui me suit.
Extrait du Chapitre Tentre-Six de Va-T-En.
Comment peut-elle être un ange, créature que j’ai toujours imaginé de marbre, avoir des yeux arctiques et pourtant me réchauffer autant le cœur ? Ses tremblements cessent peu à peu et sa respiration devient régulière, tranquille et apaisée. Je colle mes lèvres à son auréole et les effluves de ses cheveux me montent à la tête. C’est un parfum idyllique et éthylique. Je suis persuadé que si je pouvais récolter un échantillon de ce parfum, Chanel me donnerait tout l’or du monde et l’appellerait « N°∞ ».
Extrait du Chapitre Trente-Cinq de Va-T-En.
Attentif au moindre bruit, j’entends ses vêtements tomber un par un sur le sol, puis vient le clapotis de l’eau. Je tourne lentement la tête pour la regarder du coin de l’œil. Mon Dieu ! Qu’elle est belle ! Ses petits pieds, ses jambes fines, les douces formes de ses hanches, la blancheur de son dos, les courbes délicates de ses seins, ses cheveux de jais aux reflets pourpre tombant sur le diamant de sa peau. Tout est si magnifique chez elle. Absolument tout.
Extrait du Chapitre Trente-Quatre de Va-T-En.